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dimanche 23 mars 2008

Airy Routier, le nouvel allié des Sarkozy

La leçon de journaliste de Carla Bruni dans Le Monde a laissé les médias sans voix. Comme si la bévue d'Airy Routier nous obligeait à gober n'importe quelle manipulation.


Airy Routier, le nouvel allié des Sarkozy
La découverte du texte joliment troussé de Carla Bruni dans le quotidien vespéral a laissé le monde de la presse sans voix. La profession a baissé les yeux se contentant d'approuver la belle leçon de déontologie donnée par une femme dont on ne perçoit guère la légitimité à la formuler. D'où parle donc Carla Bruni, qui se cache derrière un déni on ne peut plus classique «je n'ai aucune leçon à donner mais» ? Qu'est-ce qui l'autorise à donner la leçon de journalisme amplement méritée par Airy Routier mais que l'on attendrait plutôt d'une grande figure de la profession ? La réponse est assez simple : c'est Airy Routier lui-même qui permet à Carla Bruni d'initier son entrée en politique. Car il ne faut pas s'y tromper : la séquence ouverte par sa lettre d'excuses qui permet à Carla Bruni de répondre dans Le Monde n'a rien de spontané. C'est une nouvelle scénette, un mini-plan com sans doute imaginé par une spin-doctoresse actuellement en cours, la conseillère Catherine Pégard qui vient de bénéficier d'une promotion à la Cour. L'opération permet au Président de s'arranger un profil plus magnanime tout en évitant le probable non-lieu qui aurait clos le procès du SMS s'il avait été mené à son terme.
Un autre indice nous met sur la piste de cette mise en scène : jeudi, VSD plaçait en une le titre «Carla change le Président», une cautionnée par la réputation d'intégrité de Denis Jeanbar, signataire de l'article sur le sujet. Le medium - Carla - est le message, c'est-à-dire le coup de com. Notre bon Président, suractif, fougueux, sanguin, a besoin d'un anti-dépresseur féminin. Cécilia a longtemps fait l'affaire, mais il lui manquait «un cerveau», comme l'aurait laissé entendre le Président lui-même (selon le Canard Enchaîné) de façon assez peu élégante. Carla lui succède et voilà notre héros reparti du bon pied. Dans lavie.com, une séquence chasse l'autre pour le plus grand plaisir des citoyens-zappeurs. La lettre de Carla efface le président procédurier. Airy Routier rend au couple élyséen un fier service. Nul doute que le Président magnanime ne l'oubliera pas.

dimanche 27 janvier 2008

Pourquoi il agace la planète

Pourquoi il agace la planète
Alors qu’il est en visite d’Etat en Inde, Nicolas Sarkozy et son style provoquent de plus en plus d'agacement dans les grandes capitales du monde.
Envoyé spécial à New Delhi ANTOINE GUIRAL
QUOTIDIEN LIBERATION: samedi 26 janvier 2008

Il intriguait les dirigeants de la planète, il les agace de plus en plus. Dans la presse étrangère, Nicolas Sarkozy, présenté à ses débuts comme un Président «réformateur», «moderne», décidé à rompre avec les postures gaullistes de la France, reste plus que jamais à la Une, mais pour d’autres raisons. Après l’épisode «Cécilia, le divorce», c’est désormais son style, ses goûts de luxe et les frasques de sa vie privée qui sont disséqués par les médias du monde entier. Comme ceux d’une star abonnée aux revues people.

«Speedy» et «sexy». L’Inde, où le président français effectue une visite d’Etat depuis vendredi, en est l’illustration. Depuis des jours, «speedy Sarko» et «sexy Carla» occupent des pages entières dans les quotidiens du pays. Des portraits sauce Bollywood leur sont consacrés. Rien, en revanche, sur la diplomatie française ou les réformes menées à Paris. Invité d’honneur de la fête nationale, Sarkozy a par ailleurs heurté les dirigeants indiens par l’extrême rapidité de sa visite. Pas plus qu’ils n’ont apprécié de lanterner pour savoir s’il venait ou pas avec sa nouvelle compagne. Même si la visite était présentée comme «essentiellement politique» par l’Elysée, la faiblesse des accords de coopération et la quasi-absence de contrats signés entre les deux pays sont édifiantes.

Dessiné en joggeur pendu à son portable ou caricaturé en Napoléon par la presse internationale, Sarkozy a réussi en quelques mois à dilapider l’énorme a priori positif dont il jouissait auprès des opinions publiques étrangères. Son énergie, sa volonté réformiste et sa campagne électorale ont eu un écho retentissant. Au lendemain de son élection, son livre Témoignage a été traduit en chinois, en américain, en hongrois… Des milliers de reportages positifs et plusieurs biographies lui ont été consacrés de par le monde. Aux Etats-Unis, les républicains, fâchés avec Chirac et la France, l’ont un temps présenté en modèle.

Arrogant. Voyageur compulsif qui n’aime cependant pas rester plus de quarante-huit heures loin de Paris, le président de «la nouvelle France» a honoré des dizaines d’invitations de chefs d’Etat pressés de faire sa connaissance. Il a déjà effectué l’équivalent de près de dix fois le tour de la terre dans son avion. En Chine, sa diplomatie de VRP tournant le dos - comme ses prédécesseurs - à la «diplomatie des droits de l’homme» affichée après son élection a été appréciée. En Afrique, son discours de Dakar a fait grincer bien des dents. Aux Etats-Unis, sa difficulté à tourner la page Bush par ses quasi-silences sur l’Irak ou le réchauffement climatique a surpris. En Europe, il irrite Angela Merkel, insupporte Gordon Brown et n’amuse pas du tout les dirigeants des petits Etats, qui le jugent arrogant.

Sarkozy, qui jubile ouvertement de son costume de «grand de ce monde» et raffole des tribunes internationales, n’a pas fini de faire parler de lui. Dans les mois à venir, il est attendu en Angleterre, en Roumanie, au Brésil, en Angola, en Afrique du Sud, au Tchad… En attendant le Japon, le Pérou… De bien belles images en perspective !



jeudi 27 décembre 2007

Pour Royal, Sarkozy rabaisse la fonction présidentielle

P.V.
QUOTIDIEN LIBERATION : jeudi 27 décembre 2007

C’était prévisible. Et il n’est pas impossible que cela amuse le président de la République. Le voyage offert par l’homme d’affaires Vincent Bolloré pour les congés du chef de l’Etat, de sa nouvelle amie, la chanteuse Carla Bruni, et de sa suite, a relancé la polémique sur les tendances people de Sarkozy. Une polémique qui ressemble à s’y méprendre à celle qu’avaient suscitée les largesses de cet ami du Président et riche homme d’affaires, lorsqu’il lui avait (déjà) offert un somptueux voyage à bord de son Falcon pour une croisière sur son yacht au large de Malte, en mai. Mais le Président «paillettes», visiblement, se contrefiche de cette controverse. Pourtant, hier, son ex-adversaire de la présidentielle Ségolène Royal l’a carrément accusé de «mettre en cause l’indépendance et la dignité de la fonction présidentielle», lui demandant de cesser de «provoquer par son comportement ostentatoire». Le porte-parole du PS, Benoît Hamon, lui, l’a soupçonné de se faire acheter : «Comment M. Bolloré a réussi en affaires ? En faisant de bons investissements. Eh bien, aujourd’hui, il continue à faire des investissements, et Nicolas Sarkozy est pour M. Bolloré un bon investissement.» Pour sa part, Alain Krivine, de la LCR, lui a reproché de se livrer à «une vraie provocation, au moment où il demande aux gens de se serrer la ceinture». Quant au PCF, il a tancé Sarkozy, l’appelant à «un peu de tenue». La défense a été assurée par un très proche du chef de l’Etat, Patrick Balkany, qui sur RTL a comparé, sans rire, Bolloré et son jet à «un ami qui vous [prêterait] sa voiture».

samedi 22 décembre 2007

Le baladin de Disneyland

Le roman des amours du président paraît découpé en épisodes de 52 minutes. Celui de ses actions aussi
Encore un succès de l'ouverture : au printemps dernier, Carla Bruni s'était prononcée en faveur de Ségolène Royal. Mais la politique n'a jamais empêché les sentiments. Et puis Nicolas Sarkozy a tenu parole : il avait promis de moderniser la vie française; il le fait. De la part d'un président abandonné il y a deux mois par son épouse, un épisode comme celui de Disneyland eût été inimaginable il y a encore une quinzaine d'années. Avec pourtant une constante : tout le monde a remarqué la ressemblance physique entre Carla et Cécilia. Beaucoup de femmes vivent plusieurs aventures différentes avec le même homme; beaucoup d'hommes vivent la même aventure avec des femmes différentes; Nicolas Sarkozy est de ceux-là.
Le voilà en tout cas condamné par son système de communication à nous raconter une nouvelle histoire chaque semaine. C'est le principe des telenovelas brésiliennes. C'est ainsi que le roman de ses amours paraît découpé en épisodes de 52 minutes; celui de ses actions aussi. Avant le sauvetage des infirmières bulgares, il y avait eu celui des enfants de Neuilly. On voit, semaine après semaine, Sarkozy l'Africain succéder à Sarkozy l'Européen, qui avait lui-même précédé Sarkozy l'Américain. Il en va de même avec ses entreprises de politique intérieure : et tant pis si on laisse les problèmes en plan une fois les caméras parties. Chaque nouvel épisode chasse le précédent. Kadhafi, quel Kadhafi ? The show mustgo on.

C'est pourquoi il faut prendre au sérieux Sarkozy quand il nous suggère, interview après interview, que la présidence de la République ne lui suffit pas. Mais là où Giscard et Mtterrand se contentaient de se rêver en écrivains et Chirac en ethnologue, Sarkozy, lui, s'invente plusieurs vies à la fois. Mais où veutil en venir, à la fin ? Entend-il avant tout faire étalage de la variété de ses dons ? Ou au contraire se cacher derrière la multiplicité de son personnage ? Le fait est qu'un certain trouble est en train de s'installer, non seulement sur la ligne politique mais sur l'identité même de Nicolas Sarkozy. L'étranger est tourneboulé et ricaneur; le Français est à la fois fasciné et perplexe et l'image du président se brouille chaque jour davantage.
En vérité, l'ambiguïté s'est installée dès le premier soir avec le va-et-vient entre le Fouquet's et la place de la Concorde, entre le CAC 40 et le Top 50, comme on disait naguère, entre Bernard Arnault et Mireille Mathieu.
Je sais bien que la France est par excellence le pays de la connivence incestueuse des élites, mais tout de même... Cet homme cultive le paradoxe, et il est difficile de croire que ce soit gratuitement. Est-il donc le militant de l'ouverture à gauche ou celui des cadeaux aux riches ? Le bourreau des «privilèges», quand il s'agit des cheminots, et le fourrier des petits arrangements quand il s'agit de son salaire ? Le champion des droits de l'homme et le libérateur des otages célèbres ou l'ami complaisant de Bush, Hu Jintao, Poutine, Chavez, Kadhafi ( série en cours ) ? L'amoureux éploré de Cécilia ou le séducteur de tout ce qui compte à l'écran ?

Car voici le dernier épisode, en forme de sapin de Noël : la liaison affichée avec Carla Bruni, véritable scène de dépit amoureux mais surtout cadeau de fin d'année à toute cette presse qui a pour seul point de vue sur l'avenir le trou de la serrure. Au vrai, nul besoin cette fois-ci d'interminables planques : c'est à Disneyland que l'Etat français luimême avait rendez-vous avec la romance : on ne fait pas plus galant ni plus romantique. La France, qui aime bien voir les amours de ses princes se teinter d'un peu de mystère et de beaucoup de panache, est pour l'heure abasourdie : nous voilà tombés des ferrets d'Anne d'Autriche et du collier de Marie-Antoinette dans la verroterie de fête foraine.
Quelqu'un a dit un jour que la présidence de la République était une bonne situation mais qu'hélas ! elle n'offrait pas de débouchés. Nicolas Sarkozy est en train de démontrer le contraire : l'Elysée est un endroit rêvé pour tout faire, absolument tout, y compris autre chose.

Jacques Julliard
Le Nouvel Observateur du 20/12/07

jeudi 20 décembre 2007

Ségolène Royal: après les "tours de manège", Sarkozy doit s'occuper de nos problèmes

PARIS, 19 déc 2007 (AFP) - Ségolène Royal, interrogée mercredi par i-Télé sur l'idylle, dévoilée à Disneyland, entre Carla Bruni et Nicolas Sarkozy, a estimé que ce dernier avait "le droit de faire des tours de manège", mais devrait "surtout dire quand il compte s'occuper de nos problèmes".

"Je pense que Nicolas Sarkozy a le droit de faire des tours de manège avec qui il veut", a déclaré l'ex-candidate socialiste à la présidentielle.

Il a "le droit d'aller s'amuser", a insisté Mme Royal. Mais "il doit nous dire quand et comment il compte s'occuper de nos difficultés et de nos problèmes".

"La seule chose qui compte, ce sont les promesses qu'il a faites pendant sa campagne", a poursuivi la présidente de Poitou-Charentes.

"Il a promis d'augmenter de 25% les petites retraites", a-t-elle poursuivi. "Après cette promenade, il faut qu'il prenne la décision très rapide" en faveur de cette augmentation".

Interrogée à nouveau sur la médiatisation de cet épisode, elle a répondu: "cela ne m'intéresse pas de commenter ça. Il prend ses risques".

Elle s'est cependant demandé si c'était "calculé pour faire oublier la piteuse semaine qui vient de s'écouler (ndlr: avec la visite du colonel Kadhafi)".

"Ce ne serait pas impossible, il est très habile en communication", a jugé Mme Royal, en pointant un "sentiment d'improvisation, d'agitation et on attend des résultats sur des promesses".