L’équivoque du mot « ouverture »
On parle beaucoup aujourd’hui d’ « ouverture » politique, mais le mot est imprudemment considéré comme se suffisant à lui-même. Alors, comme dans une auberge espagnole, chacun peut interpréter ladite « ouverture » à sa façon :
- Celle d’un accord politique entre un parti majoritaire qui négocie avec une autre formation un compromis programmatique pour élargir son assise gouvernementale.
- Celle de l’abandon des affrontements musclés pour un débat apaisé, de démocratie participative, mettant en perspective des avis contradictoires, pour un enrichissement mutuel : le débat Royal –Bayrou en a été l’illustration.
- Celle du ralliement individuel de personnalités hétéroclites, jusqu’alors du camp opposé, sollicitées individuellement sans accord politique négocié et donc sans aucune transparence.
C’est d’évidence le cas aujourd’hui et le Premier Ministre fixe clairement l’objectif « ce sera un gouvernement qui mettra en œuvre scrupuleusement le projet politique de Nicolas Sarkozy », en demandant à tous ses ministres ( le tous a un sens...) de se mettre « au service » de ce projet (TF1 le 18 mai au 20 heures).
Il s’agit donc bien d’une simple ouverture-ralliement et je n’en rajouterai pas sur le cas des ralliés, dont je respecte les personnes, certes, mais que je considère politiquement comme nos « bourgeois de Calais » des temps modernes. Je préfère m’interroger sur leur solitude, sur ce qui pourrait leur rester comme marge de manœuvre d’hommes de gauche dans le débat législatif et je me permets pour cela d’aborder quelques facettes du questionnement qui ne peut manquer d’être le leur :
- Comment réagir contre l’exploitation électorale de leur ralliement par l’UMP ?
- Comment sortir de leur silence pour qu’il ne soit pas interprété comme une complicité ?
- Comment privilégier le vote à gauche à la solidarité gouvernementale à droite ?
- Comment soutenir les candidats de gauche qui solliciteraient leur appui ?
- Comment refuser aux candidats UMP le droit d’exploiter nominativement leur ralliement ?
Mission impossible ! Franchement je ne vois pas comment ils pourraient sortir de cette inextricable situation dans le respect des convictions auxquelles ils se réfèrent encore, si ce n’est par un retrait qui aurait le mérite de la dignité. Et ce sera pour eux bien pire encore quand il s’agira d’être solidaires au gouvernement d’une politique qu’ils ont toujours combattue !
Et déjà, oui déjà, se posent à nous deux questions fondamentales touchant à l’éthique politique :
- Peut-on cautionner des valeurs qui ne sont pas les siennes sans mettre en sommeil son esprit critique pour satisfaire à un certain attrait du pouvoir ?
- Le mélange des valeurs ne risque-t-il pas de conduire à un effacement de ses propres valeurs ?
Je voudrais bien, Bernard, que tu puisses nous répondre.
Gérard Denecker, professeur honoraire
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